Apprentissage coopérant et contrat didactique

Apprentissage coopérant

Nombreux sont les pédagogues qui, instinctivement, décident un jour de confier à un jeune « qui a compris » la délicate mission d’expliquer une notion à un camarade plus en difficulté. Loin de signifier une capitulation de la part de l’enseignant, cette proposition pédagogique s’inscrit dans ce cas dans la théorie de l’apprentissage coopérant et sur le tutorat entre élèves. Selon Robert PLETY[1], les élèves en situation de tutorat font preuve de plus de pragmatisme que l’enseignant, et induisent une démarche « inductive et analytique ». Selon Alain MARCHIVE,  l’élève tuteur fait un travail de « transduction »[2] (mélange de transmission et de traduction dans un langage compréhensible des savoirs).

Place du formateur

Moi-même, je recours donc assez souvent à cette méthode, en sous-groupes, qui a l’avantage de mettre en valeur ceux qui réussissent le mieux (en les rendant actifs et en leur permettant de progresser encore lors de leur tutorat), tout en favorisant la solidarité envers les jeunes nécessitant plus d’accompagnement. La place de l’enseignant peut alors être comparée à celle du chef d’orchestre, ou de l’arbitre quand il s’agit de rappeler ici ou là quelques règles. Vous avez-dit médiateur … ?

 

Le moteur c’est eux !

Si un trop grand nombre d’élèves n’a pas compris, je considère alors que ma part de responsabilité est plus grande : j’ai été trop vite, le vocabulaire est trop technique, le cours trop monotone… un grand nombre d’éléments peuvent être en cause. C’est inévitablement un cours qu’il faudra reprendre à la prochaine heure. Je m’efforce de ne jamais laisser un élève « sur le bord de la route » sous prétexte qu’il y a un référentiel à tenir ou qu’il n’a pas assez travaillé. Je considère que nous devons avancer ensemble vers un objectif commun : la réussite à leur examen, porte d’entrée vers leur projet professionnel ! Pour autant, je ne vais pas passer quatre heures sur un cours qui devrait n’en nécessiter qu’une… Expliquer une nouvelle fois ce qui n’a pas été compris n’est possible que dans la mesure où les jeunes sont attentifs et montrent qu’ils ont envie de comprendre et d’avancer. Je leur dis souvent que j’avance avec eux mais que le moteur c’est eux. S’ils ne mettent pas tout en œuvre pour réussir je ne pourrais pas les aider.

 

Contrat didactique

Accompagner c’est bien « être à côté de » et surtout pas « faire à la place de ». On peut penser ici au contrat didactique énoncé notamment par Guy BROUSSEAU[3] qui exprime cet arrangement explicite ou implicite qui s’établit entre le formateur et l’apprenant comme justement « Ne pas souffler les réponses » ou encore  « ne pas faire autre chose que l’exercice demandé »

 


[1]    PLETY, Robert. L’apprentissage coopérant, CRDP, 1996, p.217. coll. Ethologie et Psychologie des communications

[2]    IUFM d’Aix-Marseille. Site Internet. Questions d’éducation, le tutorat entre pairs, la transduction selon MARCHIVE. Site Internet de l’IUFM d’Aix-Marseille. [En ligne]. IUFM pour le CNCRE, 2000.Disponible sur :  http://recherche.aix-mrs.iufm.fr/pdf/cncre02

[3]    BROUSSEAU G.. Fondements et méthodes de la didactique des mathématiques. In Recherches en Didactique des Mathématiques, 1986, vol 7/2, pp. 33-115

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