Ecoute empathique et pédagogie de l’alternance en MFR

Questionnements, craintes, déceptions mais également rêve, ambition, espoir : nous sommes, nous formateurs, les destinataires de nombreux sentiments.

L’internat de la Maison Familiale favorise ce type d’échange car les jeunes sont loin de leur famille durant toute la semaine et le temps de la soirée, avec moins de personnes présentes qu’en journée et la nuit qui approche favorise les confidences. Les jeunes expriment parfois des sentiments qui peuvent paraître excessifs. Toutefois, quelle que soit mon impression personnelle sur ce qui m’est confié, je ne minimise jamais ce que les jeunes disent ou ressentent. J’ai appris, au gré de mes expériences professionnelles diverses, à recevoir les messages tels qu’ils sont et à me garder de toute interprétation. Mon rôle n’est pas de juger, je pense qu’il consiste davantage à accompagner les jeunes et parfois même à les protéger, des autres ou d’eux-mêmes.

Suis-je compétent pour accompagner les jeunes dans des situations difficiles ? Ai-je toujours le bon mot, la bonne attitude pour apaiser les conflits, consoler les larmes ? Suis-je à ma place lorsqu’ils me confient des choses très intimes ? Ces questions ne me quittent pas et je tente d’être le plus juste possible dans mes réponses, et en tous cas de rester à la place que je pense être ma place de moniteur : ni père, ni ami, ni psychologue (à chacun sa formation et son métier). Je suis en perpétuel questionnement par rapport à ma place, mon rôle, ma mission auprès de ces jeunes. C’est une réflexion qui m’intéresse et me permet de prendre de la distance par rapport aux situations vécues. Il n’est pas toujours simple de savoir jusqu’où l’on peut intervenir.

L’authenticité nécessaire pendant l’écoute fait référence à la notion d’empathie, centrée sur la personne, définie par Carl ROGERS :

« Il est probable que le savoir-faire le plus difficile à acquérir dans la relation d’aide est l’art de percevoir le sentiment qui a été exprimé et d’y répondre plutôt que d’apporter son attention au seul contenu intellectuel de ce qui est dit. Dans notre culture, la plupart des adultes ont été formés à être très attentifs aux idées et pas du tout attentifs aux sentiments »[1]

D’autres outils existent comme le triangle dramatique de Steve B. KARPMAN[2] (élève d’Eric BERNE, fondateur de l’analyse transactionnelle) ou « triangle SVP » (Sauveteur », « Victime » ou Persécuteur »).

Ces trois états, celui de sauveteur, de victime et de persécuteur nous concernent tous et nous passons régulièrement de l’un à l’autre et parfois dans une même situation.

Sigmund FREUD quant à lui parle de trois « métiers impossibles » : « gouverner, soigner et éduquer ». FREUD associe ces trois métiers au fait que, pour chacun d’eux, « on peut d’emblée être sûr d’un succès insuffisant ». Catherine SELLENET reprend cette affirmation de FREUD dans son ouvrage intitulé « La parentalité décryptée : Pertinence et dérives d’un concept »[3] pour tenter de répondre à la question du risque auquel s’exposent les parents à la naissance d’un enfant… !

Il est vrai qu’il est très difficile de mesurer l’impact de notre action (en tant qu’éducateur au sens large ou même parent) à moyen ou long terme. Dans l’immédiat, j’arrive à évaluer si mon discours est entendu et je peux vérifier de façon concrète si les jeunes respectent ce que je leur dis. Mais comment savoir si mon discours sur l’importance du respect de soi-même et de l’autre, l’importance de l’investissement dans la formation pour construire son avenir professionnel, est entendu et appliqué ?

Certains élèves, via des moyens de communication modernes de type « Facebook » nous retrouvent et nous laissent des témoignages poignants comme celui-ci il y a quelques mois « C’est vous qui aviez raison, je l’ai compris plus tard. J’ai depuis passé un CAP Petite Enfance. Je vais bien. Merci encore à toute l’équipe de la MFR ». Ce type de message fait toujours « chaud au cœur » et nous incite à persévérer dans notre écoute, qui est une partie intégrante de notre mission éducative.


[1]             ROGERS, Carl. La relation d’aide et la Psychothérapie (1942). ESF éditeurs, 1999.

[2]    KARPMAN, Steve B,  Site officiel AT. [En ligne]. [consulté le 15/11/2010]. Disponible sur  : http://www.KarpmanDramaTriangle.com

[3]    SELLENET, Catherine.  La parentalité décryptée : Pertinence et dérives d’un concept. L’Harmattan, 2007. p.51

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