Projet éducatif des MFR et participation des familles en Maison Familiale Rurale

Les MFR proposent une pédagogie particulière basée sur l’alternance et l’implication des familles.

 

MFR, école et familles : un peu d’histoire

Dans un article dont vous trouverez un extrait ci-dessous, Eric GOHLEN, responsable de formation au Centre National Pédagogique des MFR, explique comment Roger COUSINET, membre de l’éducation nouvelle (qui considère l’école plutôt comme une communauté de vie, un lieu d’apprentissage social, professionnel et civique), s’est rapproché du mouvement des MFR en soulignant en son temps :

 « … l’originalité du questionnement éducatif des Maisons Familiales, fondé sur la construction de sens par l’apprenant  et la mise en synergie des forces et des partenaires à même de l’aider à produire son propre savoir : la famille, longtemps exclue des constructions pédagogiques, ainsi que les milieux professionnels, terrain d’apprentissage en vraie grandeur »[1].

La méthode pédagogique adoptée par les MFR est donc par certains côtés une méthode active (mais pas seulement), largement inspirée par le mouvement de l’éducation nouvelle, au sein de laquelle l’apprenant est acteur de sa propre formation, ce mouvement faisant lui même référence aux  théories du développement de l’enfant. Selon la typologie dressée par Robert ROUILLIER, et présentant les différents modes d’alternance, celle des MFR est une alternance intégrative[2], car elle vise à établir des liens entre les apprentissages en situation de travail et ceux effectués en centre de formation, permet l’interactivité entre les phases et recherche une intégration économique de l’apprenant.

 

En ce qui concerne aujourd’hui l‘implication des familles dans la construction pédagogique des MFR, elle a bien entendu évolué au cours du siècle (les MFR sont nées en 1937), en même temps que la société elle-même. On peut évoquer notamment le « choc » des années 60 avec l’entrée massive des classes populaires au collège et les études sociologiques des années de BOURDIEU et PASSERON qui dénoncent la « reproduction sociale »[3] dont serait coupable le système scolaire. On peut se poser la question pour les MFR qui, très souvent implantées dans les campagnes, avançaient dès leur création l’objectif de former « de bons agriculteurs », comme leurs parents… Un objectif pour les MFR, qui depuis se sont largement diversifiées sur le plan des formations proposées, est donc de permettre également une ouverture à un « ailleurs », à un « autrement » pour reprendre le slogan des MFR : « réussir autrement ». Les Maisons Familiales accordent donc beaucoup d’importance aux voyages d’étude, à la confrontation aux autres en milieu professionnel, ou encore à la médiation concernant l’orientation scolaire.

La « participation des parents », présentée sur le site de l’Union Nationale des Maisons Familiales Rurales :

« Permettre aux jeunes de faire leur place dans le monde des adultes tout en contribuant à le transformer, telle est, toujours, la grande ambition des Maisons familiales.

Aujourd’hui, cette ambition ne se limite plus aux enfants d’origine agricole mais concerne tous les adolescents.

Or, ce vaste dessein ne peut se concevoir qu’avec l’acceptation pleine et entière du principe de la responsabilité éducative des familles dans le cadre des relations traditionnelles entre parents et enfants mais également en leur donnant la responsabilité d’une partie d’un système éducatif. »

Ecole et famille : des rapprochements à effectuer ?

Souvent, on laisse entendre que l’implication des familles semble faire défaut aujourd’hui. Est-ce que des contextes socio-économiques locaux peuvent expliquer ici ou là une réticence vis-à-vis de l’école ? On remarque dans les MFR se situant en périphérie des grandes villes et sur des lignes de transport en commun, l’apparition d’un nouveau public urbain. Il en résulte, certes, certains conflits entre « urbains » et « ruraux », mais qui débouchent le plus souvent sur un enrichissement culturel mutuel.

Les difficultés des familles à franchir le seuil de l’école ne semblent pas s’expliquer sur le plan de cette fracture géographique mais plutôt sur celui de ce que représente l’école. En effet, comme l’on démontré Dominique GLASMAN et Françoise OEUVRARD dans un ouvrage collectif qu’ils ont dirigé sur la déscolarisation[4], les études « font sens » pour certaines familles, mais pas pour d’autres qui ont l’impression d’un « système déloyal » dont ils ne connaissent pas les « codes ». Catherine BLAYA, qui a participé à la rédaction de cet ouvrage (chapitre III, 3ème partie : « Le décrochage scolaire en France et en Angleterre »), résume ainsi cette difficulté relationnelle :

« L’école est le plus souvent un monde opaque et incompréhensible pour nombre de familles qui ne comprennent pas comment le système fonctionne. Leurs relations avec les adultes de l’établissement sont quasi inexistantes, parfois conflictuelles car les enseignants sont perçus comme défaillants dans leurs fonctions pédagogiques puisqu’ils ne réussissent pas à enseigner à lire, écrire et compter à leurs enfants, excluant les enfants ou ayant des attitudes, des propos racistes à leur encontre.

Les représentations des parents quant au milieu scolaire peuvent être très négatives car basées sur une expérience personnelle douloureuse, comme en témoignent les propos suivants recueillis auprès de mères (familles de gens du voyage) : « J’ai une mauvaise représentation de l’école car j’étais au fond de la classe avec une ardoise et jamais on m’a demandé d’aller au tableau, on met toujours les meilleurs devant mais eux ils n’ont pas besoin d’aide. (…) Quand nous nous rendons aux réunions, nous ne comprenons rien, je pense que les enseignants le font exprès ».  [5]

De plus, l’école représente une émancipation du milieu familial, une mise à distance nécessaire mais parfois douloureuse, renforcée en MFR par la présence d’un internat (souvent obligatoire du fait de l’éloignement géographique des familles).

Enfin, il faut admettre que l’école privilégie l’écrit, y compris dans son mode de communication envers les familles. Or, cette priorité donnée à l’écrit suppose comme le souligne B. LAHIRE « une réflexivité par rapport au langage »[6] que beaucoup de familles n’ont pas, et l’école devient donc un lieu de conflit culturel…

 Un autre écueil, et non le moindre, peut freiner l’implication des familles : celui de la forme de la famille elle-même (familles recomposées, mono-parentales..) ou de son absence (ou plutôt de sa « délégation » en familles d’accueil, en foyer…), de sa reconnaissance ou non par l’institution scolaire (notamment dans les communications écrites aux familles), de l’acceptation de ces situations particulières par le jeune lui-même.

 Pour être complet, ajoutons que certains sociologues posent même la question aujourd’hui de la pertinence, ou non, de vouloir absolument faire de la famille un partenaire de l’école dans sa mission d’enseignement…

 L’implication des familles en MFR : en pratique

En MFR, la collaboration école-famille est donc un élément fondamental de notre pédagogie. La MFR est une association gérée par un conseil d’administration composé de parents ou d’anciens parents d’élève et de maîtres de stage. Le président, souvent lui-même parent d’élève, est l’employeur de l’ensemble des salariés de la MFR.  Les fédérations départementales sont par ailleurs répertoriées par les UDAF (Unions Départementales des Associations Familiales)

Crédit photo – UNMFREO

Les parents sont souvent surpris dans un premier temps de la place que nous leur réservons lorsqu’ils inscrivent leur enfant en MFR. En aucun cas nous ne dissocions l’instruction de l’éducation réservant l’un à l’école et l’autre à la famille. Au contraire, nous travaillons ensemble pour accompagner le jeune dans son insertion sociale et professionnelle. De ce fait, ils sont régulièrement conviés à des réunions d’informations collectives (formation suivie par leur jeune, séjour scolaire proposé, retour de voyage pour visionnage du diaporama …), ou lors de la remise du bulletin à un entretien individuel avec un formateur. Ils sont également contactés par téléphone de façon très simple et réactive, par les formateurs eux-mêmes : travail scolaire non réalisé, problème disciplinaire et bien-sûr absence, problème de santé.  Il m’arrivait également de téléphoner à une famille pour annoncer du positif : « votre fils vient d’avoir une excellente note en Maths ! ». Surprise au bout du fil car, en général, quand le numéro de l’école s’affiche, cela n’annonce rien de bon… Les parents sont donc considérés comme nos partenaires privilégiés dans la réussite scolaire de leur enfant.

 Cet effort de communication prend du temps, et est sans doute rendu possible par notre organisation particulière (bureau et ligne téléphonique pour les formateurs, présence à l’école à temps plein, y compris en dehors des 18 heures de « face à face pédagogique »).

 Parfois, ce partenariat souhaité par la MFR est difficile à mettre en place car les parents rencontrent des difficultés relationnelles avec leur enfant. Alors même que nous souhaitons les associer à l’accompagnement scolaire et éducatif, ils peuvent montrer une certaine « distance », ou « fatigue », vis-à-vis de leur adolescent due à des difficultés parfois ancrées au sein de la famille. Malgré cela, les parents restent les premiers éducateurs de leur enfant et nous persévérons pour les impliquer le plus possible dans la formation de leur jeune.

 Pour évoquer ce travail en partenariat avec les familles on peut évoquer la « co-éducation  »[7], comme Catherine SELLENET  qui rend aux familles leurs capacités éducatives dont certains doutent pourtant encore, ou encore la notion de « co-responsablilité éducative Parents-Professionnels »  qui a entraîné la création des REAAP (Réseau d’Ecoute, d’Appui, et d’Accompagnement des Parents) et qui définit « trois niveaux de travail en commun possibles »[8] :

information (liée le plus souvent au fonctionnement de l’établissement)

formation (ex: comment aider leurs enfants à apprendre leurs leçons ?)

co-formation (ex à la MFR : invitation à des conférences sur des thèmes éducatifs auxquelles assiste également l’équipe pédagogique, en fin d’année lors de l’Assemblée Générale)

La première règle semble donc être de permettre aux parents d’exercer un véritable rôle de concertation sur des problèmes éducatifs, qui ne se limite pas, par exemple, à de l’accompagnement de sortie…

Pour aller plus loin :

Le projet éducatif des MFR

La visite aux familles en MFR (PDF) –  Nombreuses sont les maisons familiales qui, encore aujourd’hui, rendent visite aux familles pour effectuer le bilan de l’année, ou du trimestre.

Une conférence de Pierre Périer sur le thème : « famille populaire et école : quel différend ? » (vidéo)


[1]    GOLHEN, Eric. Alternance et éducation nouvelle, Rappels historiques sur quelques connivences et divergences. In Revue Education Permanente , juillet 2005, n°163, p.59-70.

[2]    ROUILLIER Robert. Formation d’adolescents et alternance. Mésonance, 1980. p.27

[3]    BOURDIEU et PASSERON. Reproduction Sociale. Editions de Minuit, 1970.

[4]    GLASMAN D. et OEUVRARD F. (dir). La Déscolarisation. La Dispute, 2004. 312 p

[5]    BLAYA, Catherine. Décrochage scolaire : parents coupables, parents décrocheurs ?. In Revue Informations Sociales, CNAF, 2010, n°161. 142 p.

[6]    LAHIRE, B. Culture écrite et inégalités scolaires. PUL, 1993. 310 p.

[7]    SELLENET, Catherine. Parents-Professionnels : une co-éducation en tension. ERES, 2006. 192 p.

[8]    PASTIAUX, G.et J.. La pédagogie. Nathan, 2006. p.131. coll. Repères pratiques

Publicités