Education à la mobilité : un enjeu de la formation en MFR

De l’intérêt de la mobilité

J’ai longtemps exercé la fonction de moniteur à la Maison Familiale Rurale de Goven, un établissement qui a la réputation d’être dynamique et novateur sur la question de l’ouverture au monde. En effet, nous avions organisé depuis des années plusieurs séjours scolaires par an pour l’ensemble des classes que nous accueillions.

L’organisation des voyages d’étude était une volonté de l’équipe, et non pas une obligation, parce que nous étions convaincus (au sein de l’équipe pédagogique) de l’intérêt de la mobilité (géographique et culturelle) pour les jeunes. MONTAIGNE, qui faisait de la philosophie un acte quotidien, évoquait déjà en son temps dans ses Essais[1] la nécessité de « fréquenter le Monde » ou de « limer sa cervelle à celle d’autrui », et en somme de profiter de toutes les occasions de la vie pour éveiller raison et esprit critique, immergé comme il l’était dans les récits des découvertes de nouvelles terres, fréquentes à son époque…

« Montaigne se contente alors de parcourir le monde – dans les livres et à cul de cheval – avec une curiosité souvent frustrée par la complexité des formes qu’il rencontre »[2]

Ainsi, j’ai pu par exemple accompagner un groupe d’une vingtaine de jeunes en Turquie, à la rencontre d’une population, d’une culture et… de jeunes de leur âge (visites de lycées, animations en commun…). Mais je peux citer également l’implication de cette maison familiale dans le développement des MFR au Mali, avec à la clé des échanges réguliers, dans le cadre d’une politique de partenariat engagée de longue date par notre mouvement national.

L’organisation et le financement

La plupart des séjours que nous proposions étaient des séjours « à la carte » que nous élaborions nous-mêmes (c’est-à-dire sans faire appel à des organismes de voyage) et qui avaient pour intérêt de permettre aux jeunes de découvrir un mode de vie différent du leur, au contact réel des populations locales.

Nous pouvions également gérer nos moyens de transport, privilégier ceux qu’ils ne connaissaient pas comme l’avion ou au contraire décider de prendre notre temps pour prendre la mesure du « temps du voyage ». La « préhension » du temps est un élément essentiel dans la formation par alternance, et doit donc à ce titre rester sans cesse au coeur de nos préoccupations.

Les projets devaient donc  être pédagogiquement adaptés à la classe concernée, et élaborés avec l’ensemble du groupe concerné en les rendant chaque jeune acteur du projet.

Nous proposions bien entendu différentes actions pour aider les jeunes à financer leurs voyages et présentions, autant que possible, des dossiers de demandes de subventions. Au final, un jeune très impliqué pouvait sans problème couvrir une grande partie du coût de son voyage.

L’intérêt pour les jeunes et les formateurs

Ces séjours ont pour objectif de permettre aux jeunes de tisser des liens entre eux et avec les formateurs en dehors de la MFR sur un temps de loisir ou de découverte. C’est également l’occasion de faire du lien avec les apprentissages vus en cours (géographie, anglais lors des séjours à l’étranger …). Ce que les jeunes observent, vivent, expérimentent peut être source d’apprentissage : l’école peut se vivre « hors des murs ». A travers l’utilisation de « carnet de voyage » ils peuvent rapporter des informations qui sont réutilisées en classe à leur retour. La liberté que procurent les séjours scolaires permet d’appliquer les principes de l’éducation nouvelle : le jeune est pris en compte dans sa globalité et les apprentissages ne sont plus fragmentés.

Stages à l’étranger

La Maison Familiale Rurale de Goven a également organisé des stages en Pologne pour des jeunes en classe de CAPA « Services en Milieu Rural ». Elle souhaite développer ce type de stage à l’avenir, notamment pour les jeunes en Bac Pro « Services Aux Personnes et Aux Territoires »

Les MFR et le Monde ? Un peu d’histoire…

1946 – premiers déplacements de quelques jeunes accompagnés d’administrateurs des MFR aux Pays-Bas, au Danemark et en Grande-Bretagne.

1956 – les MFR participent à une foire internationale à Tunis, et diffusent leur mode de fonctionnement et leurs valeurs à un large public.

1959 – création d’une MFR à Madagascar

1961- Italie

1962 – Côte d’Ivoire, puis Amérique Latine, Océanie….

Aujourd’hui, il y a plus de 540 Maisons Familiales Rurales à l’étranger

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