Non, la formation par alternance n’est pas une voie de relégation !

Consciemment ou non, de trop nombreux articles diffusent l’idée selon laquelle la voie de l’apprentissage ou de l’alternance ne serait réservée qu’aux jeunes les moins « doués »…

Quelques exemples  et commentaires

Un petit tour par la Suisse…

« L’accent mis sur les compétences pratiques permet ainsi aux élèves moins doués, dans le contexte scolaire, de développer leurs talents » – Extrait de l’article intitulé « L’avenir de l’apprentissage en Suisse » – La formation duale en prise avec une nouvelle réalité » – (mars 2011 – http://www.avenir-suisse.ch/fr)

Nadia Revaz, rédactrice de la revue Résonances et amie suisse du Web, m’avait gentiment transmis ce lien à l’époque en apportant le commentaire suivant :

« Et ceci malgré le fait qu’en Suisse, la voie de l’apprentissage soit la plus fréquentée par les jeunes, (seul un quart environ des jeunes obtiennent une maturité gymnasiale ou spécialisée, équivalent du baccalauréat).

L’introduction de la maturité professionnelle (possible en parallèle ou après l’apprentissage) avait été imaginée pour revaloriser la voie de l’apprentissage. Dans la population, il y a une lente amélioration de l’image de l’apprentissage, mais il n’est pas rare d’entendre des jeunes dire « je n’ai fait qu’un apprentissage », ne mesurant pas la richesse de leur approche théorique et pratique d’un métier. »

 De retour en France…

« Si l’apprentissage est si encensé par les gouvernements successifs c’est aussi parce que ce type de formation offre la possibilité à ceux qui connaissent de graves difficultés scolaires de reprendre le cours de leurs études dans des conditions différentes » – Extrait de « Demain tous apprentis ? – http://orientation.blog.lemonde.fr

Voici le commentaire apporté à cet article par Patrick Guès, via son blog de l’alternance :

« Un seul bémol Cher Monsieur Rollot, en toute amitié : arrêtez d’écrire que « ce type de formation offre la possibilité à ceux qui connaissent de graves difficultés scolaires de reprendre le cours de leurs études dans des conditions différentes« .

Nous devons sortir de cette caricature.
L’alternance est une voie de formation, à part entière. N’oubliez pas que nos médecins et nos infirmières sont formés de cette façon. Sont-ils atteints de graves difficultés scolaires ? »

Le cas particulier du DIMA

Le DIMA (Dispositif d’Initiation aux Métiers de l’Alternance), ancienne et nouvelle mouture, a lui aussi relancé les débats sur ce thème :

« Dès qu’on ouvre une filière, on crée une voie de relégation qu’on se dépêche de remplir ». Cette réflexion de François Dubet vient immédiatement à l’esprit à l’annonce du déploiement à la rentrée 2008 du « dispositif d’initiation aux métiers en alternance » (DIMA) « destiné aux collégiens de 15 ans. Cette mesure, que l’on ne manquera pas de nous présenter comme une opportunité heureuse pour les enfants des milieux populaires, vise en fait leur relégation et marque l’obstination de la majorité à détruire la loi Fillon. » – Extrait du site du syndicat enseignant Sundep – http://www.sundep.org

Voici la réponse apportée à l’époque par une internaute (et enseignante) indignée :

« Dis donc, le rédacteur de l’article, crois-tu que le circuit électrique qui te permet d’allumer la lumière chez toi a été posé par un lecteur de Platon dans le texte ?
Ou par un sombre abruti ?
Et bien, ni l’un ni l’autre, figure-toi.

Car j’ai depuis longtemps cessé de mesurer l’intelligence au nombre de diplômes. Mes élèves ont une intelligence qu’aucune leçon sur l’accord du participe passé ne mettra en valeur.
Et pourtant, ils sont intelligents. « 

Le rédacteur de l’article précisait alors que « le débat n’était pas tranché », et que ce DIMA n’était pas adapté (en terme de parcours pédagogique notamment) à cette 3ème voie combinant « formation commune et meilleure prise en compte de la diversité »…

Les Maisons Familiales Rurales avaient elles aussi donné leur avis sur le nouveau DIMA par la voie de Patrick Guès, responsable de la communication :

« Les MFR font des propositions pour aller plus loin que les mesures annoncées »

Quelques extraits de ces propositions :

« Mettre en œuvre de nouveaux dispositifs préparatoires à l’apprentissage après le collège »

« Ne pas réserver, comme c’est trop souvent le cas, de tels parcours aux jeunes décrocheurs »

« Développer une véritable ingénierie pédagogique de l’apprentissage »

Une histoire de frontières, et de sourires !

Il faut donc résolument combattre cette idée qui oppose les jeunes entre eux, entretient cette prédominance absolue du diplôme et du savoir, et limite de fait les passerelles possibles (et souhaitables) entre formation professionnelle en alternance et autres enseignements (supérieurs par exemple).

Les frontières sont avant tout « dans les têtes » comme souvent en matière d’éducation…

Je me souviens des « portes ouvertes » à la MFR de Goven dans laquelle j’exerçais le métier de « Moniteur de formations alternées », et j’aimerais que vous puissiez vous imaginer la scène (habituelle) qui suit :

Une famille accompagne son enfant envisageant pour lui une entrée en 4ème par alternance, un peu sur la défensive à cause de ce fameux déficit d’image évoqué plus haut :  le sentiment de culpabilité, parfois même de honte n’est pas très loin…  Le jeune homme est réservé, sur la défensive lui aussi (a priori, je représente encore l’école). Petit à petit, cette famille me regarde échanger avec son enfant (je lui présente sourire aux lèvres tout ce qu’il va pouvoir faire en stage, et dans  notre école). Au bout d’un moment, la dame se retourne vers son mari et lui dit :

« regarde notre fils, il sourit ! »…

Avec ce jeune, comme avec tous les autres, on visera ce « réussir autrement » qui rime avec estime de soi et construction de son identité, à travers la mise en responsabilité par l’action et les échanges entre ses environnements familiaux, scolaires et professionnels…

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