Sur le chemin de la créécriture fantastique en MFR

A nos pinceaux !

Le premier atelier, point de départ du projet « atelier de créécriture fantastique », devait marquer les esprits, rompre avec la « routine » du module de Français et nous immerger dans le thème que nous allions visiter tout au long de l’année : « le fantastique ». Une séance d’aquarelle, portant sur ce thème, répondait parfaitement à ces premiers objectifs. Pour marquer plus encore l’esprit d’ouverture de cet atelier, l’ensemble de l’équipe pédagogique était convié à cette « initiation ». Ainsi, trois monitrices étaient présentes ce soir-là pour goûter, tout comme moi d’ailleurs, aux joies de l’aquarelle.

Outre l’aspect purement pratique lié à la découverte de l’aquarelle et de sa technique, la consigne proposée au groupe était celle-ci :

« Réaliser une peinture libre évoquant pour vous le genre fantastique, en prenant soin de laisser une place pour quelques lignes de texte, qui seront ajoutées par la suite »

Les mots : premiers balbutiements

La transition vers l’écriture (dès le deuxième atelier) s’est donc effectuée à travers le regard que nous portions sur ces premières oeuvres. Ce tout premier exercice d’écriture m’avait été inspiré par un style poétique que nous avions abordé ensemble en seconde : le haïkujaponais (celui-ci, souvent accompagné d’un dessin, illustre de façon poétique une pensée, et ce dans une économie de mots qui fait tout son charme).

J’ai donc demandé aux jeunes d’illustrer par quelques mots, bien pesés, la pensée que leur peinture leur inspirait, un peu à la façon de ces fameux haïkus. Cette deuxième séance a vu naître la satisfaction liée à l’achèvement d’une œuvre complète, et l’espoir d’en réaliser d’autres…

Exemples de réalisations :

« Echauffements» et premiers jeux d’écriture

La soif de créer étant là, nous nous sommes plongés dans l’écriture. Afin de laisser s’exprimer ces ardeurs naissantes, j’ai donc proposé dès le troisième atelier des petits jeux d’écriture. Ces exercices proposaient essentiellement des activités d’écriture autour du schéma narratif (vu également en cours) :

  • · Imaginez le début d’un conte fantastique contenant les mots suivants : « bois – aube – chat – course – chemin – argenté » (l’ordre d’apparition de ces mots est libre)
  • · « Ma cellule était sombre, le lit dans un état pitoyable. Tout me semblait perdu et pourtant (………………….) J’étais là, assis dans le train en partance pour Paris, à me demander encore ce qui s’était passé.» – Imaginez quelles phrases pourraient relier le début et la fin de ce texte, expliquant ce renversement de situation fantastique.
  • · « Un matin, au réveil, vous-vous rendez compte que vous êtes devenue invisible » – Décrivez les conditions de cette découverte ainsi que vos premières sensations.

D’autres exercices, plus difficiles, n’avaient pour but que de jouer avec les mots, et nécessitaient de puiser dans son vocabulaire :

  • · Disparition de lettres : écrire un petit texte cohérent ne comportant aucun « e » – Même exercice avec « a »


Ecriture en binômes sur l’origine d’un lieu-dit

Le cinquième atelier a marqué le lancement de l’écriture intégrale d’œuvres originales, mettant en oeuvre les diverses compétences abordées précédemment. J’ai décidé de regrouper les jeunes par binômes pour cet exercice, dans l’objectif de créer une première émulation, et d’établir pour moi un premier terrain d’observation des comportements de groupe. Après avoir donné aux jeunes une carte du village dans lequel se situe la Maison Familiale, je leur ai donc demandé de choisir un lieu dit. Elles devaient ensuite en expliquer l’origine, en donner la légende  dans un petit conte.

Exemples de réalisation :

Le Poirier d’Or – Murielle K. et Virginie H.

Il y a très longtemps, une histoire a commencé au fond d’une forêt. Une petite clairière détachait sur l’horizon un poirier. Mais pas n’importe quel poirier ! Les personnes de son royaume se demandaient pourquoi le prince Alfred allait cueillir des poires tous les jours à l’aube…

Un matin de printemps, le prince Alfred se leva de bonne heure pour partir comme chaque matin cueillir des poires et déposer sa richesse récoltée le jour précédent. Il quitta son royaume lorsque survint son valet, jaloux de sa richesse, qui l’avait suivi. Arrivé dans la forêt, le prince cueillit les poires et y déposa son trésor. Le valet, caché derrière une diversité d’arbres, l’espionnait en silence.

Dès que le prince fut parti, le valet (Zébulon) courut vers le poirier, essaya de le soulever, mais à ce moment même, un vent se mit à souffler, d’une force incroyable, telle que Zébulon fut emporté jusqu’au fond de la forêt. Pourquoi ce vent si fort et glacial ?

L’histoire de ce poirier magique est comme qui dirait… héréditaire ! C’est le grand-père du prince qui lui donna un pouvoir avant de mourir pour ne pas que le prince Alfred fasse la même erreur que lui. C’est pourquoi dès qu’une personne, autre que le prince Alfred, veut approcher le poirier, il y a un vent si fort et si glacial qui souffle. C’est la force de  son grand-père qui protège le royaume du prince.

Depuis ce jour, on appelle cet endroit le Poirier d’Or…

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Rouge terre – Ann F. – Céline L.

Autrefois, aux environs d’un plan d’eau du village était dressé un campement de non conformistes, voire même de nudistes !

Cependant, à la tombée de la nuit, une veille femme mit au monde le premier enfant de cette terre. A la surprise de tous… ce bébé était rouge ! Si rouge qu’on le surnomma le petit chaperon rouge ! Celui-ci devint le créateur d’une nouvelle civilisation, des centaines de naissances suivirent ce petit chaperon rouge. Vous connaissez certainement la tribu des Peaux Rouges ? Et bien, en voici son origine ! Malgré tout, ils ont fui cette terre… mais rappelez-vous que cette histoire a vu le jour dans notre village, au lieu-dit « Terre Rouge » !

Ecriture d’une nouvelle fantastique en groupe entier

A la mi-décembre, nous avons mis en chantier une nouvelle oeuvre, commune celle-ci, et fondée sur une ambition de taille : l’écriture « partagée » par la classe entière d’une nouvelle fantastique… Le premier travail a consisté à se mettre d’accord sur le scénario (notion vue en cours), travail qui a abouti au bout de deux heures (!) au résultat suivant :

Héroïne : Anita, jeune étudiante en publicité à Nancy. Elle est passionnée par la publicité, débordante d’imagination, blonde aux cheveux longs.

Situation de départ : elle se réveille et s’apprête à prendre le bus pour se rendre à son école. Nous sommes en hiver.

Elément perturbateur : dans le bus, elle a la surprise d’apercevoir des personnages déambuler, tout droit sortis de l’univers publicitaire (le bonhomme Michelin etc…) !

Péripéties : le noeud du problème se situe au coeur même de son école.

Résolution : Anita déjoue certains plans et « sauve » ces mystérieux personnages d’un destin horrible.

Des incertitudes, et même des désaccords, ont persisté sur le déroulement exact des péripéties devant aboutir à la résolution finale du scénario. Nous sommes pourtant parvenus à établir en commun les premières lignes de ce récit, savante synthèse de propositions individuelles et de corrections apportées par le groupe. Alternant les temps d’écriture individuelle, de synthèse au tableau, et de débats, cet exercice s’est révélé délicat, et très exigeant nerveusement pour tout le monde. Devant ces difficultés, j’ai donc décidé d’improviser en rendant individuelle l’écriture de la suite de cette nouvelle, à la grande satisfaction de chacune…

Le début de la nouvelle commune :

Drôles de bonbons !

La classe – sur une idée originale de… la classe !

Nancy- Une ville d’art accueillante mais déserte et encore endormie ce matin là. Un radio-réveil fait pourtant tout son possible pour rompre ce calme. Le mien ! Malgré cela la bonne humeur m’envahit à la simple écoute des premières paroles fredonnées par mon radio-réveil…

 » Le soleil vient de se lever, encore une belle journée… »

A suivre…

J’ai décidé également de placer cet exercice particulier sous le signe du volontariat. Celui-ci en effet, non prévu au départ, aurait pu rendre l’activité suivante, fondée sur une écriture individuelle, répétitive aux yeux des jeunes.

D’emblée, l’une des jeunes de la classe (Virginie R.) s’est alors déclarée intéressée par la reprise du chantier de cette nouvelle commencée en commun, pour le compte de la classe, avec de surcroît la totale confiance de cette dernière : une occasion inespérée… La classe a donc mandaté « officiellement » Virginie R. pour la réalisation de la fin de cette nouvelle, sur les bases jetées par le groupe. Son travail a été par la suite présenté au groupe, qui a apporté ses modifications. J’ai veillé cependant, à cette occasion, à ce que le travail de Virginie R. ne soit pas dénaturé par la bonne, mais parfois dictatoriale, volonté de la classe !

Un peu plus tard, une autre jeune fille, Laure V., m’a remis une deuxième proposition de récit, que j’ai bien entendu acceptée au même titre que tout autre texte. Ceci a donc permis aux jeunes d’obtenir une première oeuvre, sur une base commune, une première oeuvre « à choix multiples » intitulée « Drôles de Bonbons ! » à l’élaboration de laquelle elles avaient toutes participé. C’était l’essentiel à mes yeux.

Extrait de « Drôles de Bonbons » :

Première suite possible

par la classe avec le concours particulier de Virginie R.

 

D’une vive frappe sur le réveil, je l’éteins brusquement. « Oh non déjà ! » Comme d’habitude, je referme les yeux cinq minutes, puis je me lève d’un coup sec. Direction la salle de bain pour un petit moment de détente dans mon bain. Finalement le temps a passé si vite que j’ai juste le temps de  prendre un café et d’enfiler mon manteau pour aller à la fac. Déjà 6 mois que je sacrifie à ce rituel dans le but que soient enfin reconnus, un jour, mes talents de publicitaire…

8h15, je suis dans le bus, il est englouti de monde. Je repose ma tête contre la vitre et réfléchis à de nouvelles idées pour mon prochain compte-rendu mensuel. OH Le FLASH !!!! J’imagine un groupe de bonhommes en chocolat multicolores qui fondent dans la bouche et pas dans la main. Mais oui, c’est ça l’idée du siècle, je sursaute d’un trait et empoigne mon sac pour y tirer mon calepin pense bête.

8h36, le bus me dépose à mon arrêt habituel, le vent souffle, mes cheveux longs flottent dans l’air, ma coiffure ne ressemble plus à rien. En plus de cela, il fait froid et gris. Je me presse pour arriver dans mon amphi quand soudain, devant mes yeux…. je vois débarquer de nulle part des petites boules de toutes les couleurs, marcher devant moi et, de vive voix, l’une d’entre elles me regarde et s’exclame : « Non mais vous y croyez vous ? 20 centimes la pièce ! » Non, je me frotte les yeux durant quelques secondes, puis me rends à l’évidence. Je ne dois pas être parfaitement éveillée. De plus, avec mes longs cheveux dans les yeux, j’ai dû mal voir…

8h56, j’arrive à l’université. L’image de l’établissement me donne froid dans le dos, comme s’il n’y avait personne à l’intérieur, comme si tout le monde avait déserté face à une malédiction…

Je pousse la grosse porte d’entrée, un grincement me fait sursauter, OUF ! Ce n’est que la porte. Rien, pas un bruit, une parole ni même un pas. Je monte à l’étage en empruntant les escaliers, je me poste devant la porte de l’amphi, et, personne !

Non, il ne faut pas paniquer, ce doit être juste une grève dont je n’étais pas informée. Je reviens sur mes pas quand soudainement quelques sons perceptibles faiblement me parviennent. Je perçois deux voix d’hommes qui haussent le ton. Je m’approche doucement, longe un grand couloir puis me poste à quelques centimètres du petit bureau des archives où les voix persistent et insistent. La porte est à moitié ouverte, j’entrevois mon directeur et mon professeur de publicité. J’entends :

« Non, il faut absolument arrêter ce désastre. »

 (…)

Ecriture de nouvelles individuelles : une exploitation de l’alternance

En entamant avec les jeunes la dixième séance d’atelier, nous abordions là certainement le coeur du projet. L’écriture devenait exclusivement individuelle : chacune, éclairée par ses premières expériences d’atelier, allait pouvoir enfin se plonger dans la création de sa nouvelle fantastique… Je leur ai donc proposé de rédiger une nouvelle respectant les consignes suivantes :

Héroïne : l’auteur elle-même

Situation de départ : une journée de stage « ordinaire »

Elément perturbateur : un événement étrange, inhabituel, inquiétant nous plonge dans un univers fantastique…

Péripéties et résolution finale : libres

Volontairement, aucune indication sur la longueur de cette nouvelle ne leur a été donnée. L’écriture s’est effectuée en trois ateliers entrecoupés de périodes d’alternance (stages) que certaines ont mises à profit pour parfaire leurs travaux, et se faire lire dans leurs familles, ou par leurs maîtres de stage pour cinq d’entre elles ! Seule Virginie R., à qui le groupe avait confié la rédaction de la nouvelle « Drôles de Bonbons ! », et qui souhaitait se consacrer entièrement à cette tâche, n’a pas participé à cet exercice d’écriture.

Ces ateliers particuliers ont donc produit seize nouvelles individuelles. Ainsi, ces séances d’écriture ont permis d’exploiter pleinement cette période d’alternance que constitue le stage. Le choix de ce cadre devait répondre à deux objectifs. Le premier était de rendre plus facile l’approche de cet exercice, en faisant intervenir une situation de stage vécue par le jeune (utilisation du « je »= « moi »). Le deuxième était de pouvoir analyser avec elles la façon dont elles appréhendaient le stage dans leurs écrits. Ce dernier exercice a été réalisé en fin d’année scolaire…

Exemple de nouvelle individuelle :

Étrange cuisinier… Corinne V.

Quand on m’a dit de choisir un stage restauration, j’avais déjà une idée sur la question. Je voulais aller dans un de ces beaux et riches restaurants. Mais hélas, j’habite en pleine campagne et même si j’ai mon permis il est hors de question que je fasse de longs trajets après une journée bien chargée. Alors je me suis tout simplement décidée pour le C.A.T. (Centre d’Aide par le Travail) de Balaze, un petit village qui se situe à deux kilomètres de chez moi. Ce qui fait que je me lève à huit heures pour prendre mon petit déjeuner et je pars de chez moi à neuf heures moins cinq. Évidemment j’arrive en retard parce que j’oublie toujours qu’il faut que je prenne le temps de chauffer ma voiture avant de rouler.

Heureusement pour moi, je ne me suis jamais fait disputer.

Ce matin, alors que j’enfile ma blouse blanche, mon tablier et mon calot, je me demande ce que je vais faire aujourd’hui : « préparer les entrées, dresser les desserts, ou corvée d’épluchage ? » Comme d’habitude j’arrive en cuisine et la première chose que je trouve à faire c’est de dire un petit timide et ridicule : « Bonjour ». Je me lave les mains et attends les ordres. Comme au bout de cinq minutes je n’ai toujours rien à faire, je me décide donc d’aller demander au chef cuisinier ce que je pourrais bien faire. Comme j’arrive par derrière il ne me voit pas et se croyant seul prend la grosse casserole, qui doit atteindre les 100°C, de ses mains nues. Le plus curieux c’est qu’il n’a pas l’air d’avoir mal, ni de souffrir. Au contraire il prend tout son temps et ne semble pas pressé de poser la casserole. Je décide de faire demi-tour avant qu’il ne se retourne et ne m’aperçoive. Je repars donc à pas de loup et prend l’initiative de faire la plonge, comme si de rien n’était…

Mon chef cuisinier, monsieur Bonfour, arrive et me lance un joyeux « bonjour ! » mais je ne réponds pas car mon attention est attirée par ses mains : « Rien !!! Pas de traces rouges, pas de cloques, c’est impossible ! » pensai-je. Je décide donc de le surveiller et cela quoiqu’il fasse et où qu’il aille.

Quinze heures arrivent et comme rien d’autre ne s’est produit, je me dirige vers les vestiaires, mais tout à coup, je me souviens que j’ai oublié de ranger le produit pour les sols. Direction la cuisine. Tout le personnel est parti. Je prends le produit, le range dans le placard et referme la porte. En traversant la cuisine je m’aperçois que la clé de la chambre froide est restée dans la serrure. Je vais pour l’ôter et la ranger mais quelque chose me dit d’ouvrir et de regarder à l’intérieur, ce que je fais. Je suis surprise d’y trouver le chef cuisinier. Il est là, debout, il a l’air d’un mort. Je le touche, il est glacé. Je suis prête à hurler quand je m’aperçois qu’il respire calmement… Il dort profondément ! J’en reste bouche bée. Puis j’entends un pas lourd. Je referme vite la porte, file vers les vestiaires pour me changer et quitte ce lieu étrange…

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